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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 19:31

drapeau_francais.gif        Dans le Nouvel Obs n° 2427 du 12 au 18 mai 2011, sous la plume toujours élégante de Marcelle Padovani, on peut lire une très intéressante critique cinématographique du dernier film de Nanni Moretti, Habemus Papam, dans lequel il joue le rôle d’un psychanalyste appelé au chevet d’un pape dépressif, magistralement incarné par Michel Piccoli car « les papes aussi ont des états d’âme, dépriment et s’angoissent comme de vulgaires quidams ».

Mon propos n’est pourtant pas, vous vous en doutez bien, d’ordre artistique. Ce qui me pousse à rédiger ce billet ce sont les réactions que le film a suscitées au sein de la Sainte Église Catholique, Apostolique et Romaine, toujours en retard d’une guerre comme nous allons le voir. Car, comme le note Padovani, « c’est enfin le premier film sur un pape, dont Dieu est totalement absent. Et c’est ce qui a le plus blessé les catholiques. »

On apprend donc, à la lecture de son article, que « L’Osservatore romano », qui est un peu au Vatican ce que la « Pravda » était au pouvoir soviétique », explicite, dans son édition du 27 avril, le « péché capital » (si j’ose dire) du film : « Il n’a pas le courage de trancher sur ce dilemme fondamental : les concepts d’âme et d’inconscient ne peuvent coexister. »

Mazette ! La psychanalyse, jadis bannie de l’URSS pour cause de non-matérialisme dialectique, essuierait-elle aussi les foudres de l’excommunication vaticane ? Pravda et Osservatore, même combat ? Un bon chrétien, pas plus qu’un brave soviétique d’antan, ne peut donc avoir recours à la psychanalyse sans se voir voué aux Enfers ou au Goulag? Ce genre de nouvelle alliance (sans jeu de mots…) entre « le sabre et le goupillon » est de nature, à première vue, à corroborer les prétentions « subversives » de la psychanalyse qui s’accommoderait mal de tout pouvoir autoritariste (ce qui est, soit dit en passant, historiquement faux[1]) et à prouver qu’elle est profondément (ça va de soi…) libératrice. Avoir à la fois Staline et saint Pierre pour ennemis vous confère un pouvoir de victime forcément sympathique et ne peut que susciter la bienveillance et l’adhésion.

Mais il faut être vraiment très étroit (XIII et III…) de vue pour ne pas s’apercevoir que, certes, l’inconscient, la psyché, le mental, etc. ne sont que des versions laïques de l’âme ; mais justement cela, loin de les opposer, les range dans une même communauté de concepts, que le matérialiste moniste rejette en bloc. « Trancher sur ce dilemme fondamental » ? La belle affaire ! Nous nageons entre deux conceptions dualistes, aussi dépassées l’une que l’autre.

Mais, pour cela, il faut être déjà convaincu que la psychanalyse n’est qu’une pseudo-science, une proto-psychologie complètement dépassée, une « affabulation » (pour reprendre le terme de Michel Onfray). Ce qui, hélas, n’est pas encore toujours le cas. Une preuve parmi tant d’autres ? La réaction à ces propos de « L’Osservatore » du psychiatre Giancomo Tabet (toujours citée par Padovani), qui se plaint que, en plein XXIème siècle, l’église « refuse encore d’admettre la psychanalyse comme science en mettant un veto à l’existence de l’inconscient ». Voilà donc la hiérarchie catholique coupable de ne pas croire (ce qui, avouez-le, est un comble pour des hommes de foi)  que la psychanalyse est une science. En réalité, ces hommes de foi ont tous, de leur point de vue, raison car chacun d'eux a son dieu : Freud, Marx ou Jésus. Ainsi, la foi chrétienne n'admet pas la foi dans la psychanalyse (une « religion séculaire », comme le souligne à juste titre Onfray) ; le freudisme n'admet pas la foi religieuse et le marxisme-léninisme, exécré par les deux, les renvoie à son tour dos à dos. C'est, en somme, un combat de foi contre foi, de croyance contre croyance, d’intolérance contre intolérance qui n’a, bien évidemment, strictement rien à voir avec la science.

Nous autres, rationalistes et sceptiques, aurions tort de nous réjouir de ce rejet de la psychanalyse de la part de l’Église (comme du fait qu’elle condamne aussi les horoscopes…si, si !). Car ce n’est point le fait d’une longueur d’avance mais, comme je le disais au début, d’un train de retard[2]. Elle n’est pas « de retour » du concept d’inconscient : elle n’y est même pas arrivée !

Pourtant, comme le souligne Padovani : « Dans “Habemus papam”, la psychanalyse, qui se révèle incapable de sortir le souverain pontife de l’impasse, ne s’en tire pas mieux que la foi. » Confessionnal ou divan, dilemme navrant ?

 

 

 



[1] Voir ce que dit, par exemple, Michel Onfray dans Le crépuscule d’une idole : l’affabulation freudienne, Grasset 2010, des démarches entreprises par Freud pour que la psychanalyse puisse continuer à prospérer sous le régime nazi ; ou, encore, Samuel Lezé dans L’autorité des psychanalystes, PUF 2010, pages 84 et suivantes, à propos de l’affaire dite de Rio autour de la publication du livre de la psychanalyste et médecin brésilienne Helena Bessarman Viana, Politique de la psychanalyse face à la dictature et à la torture : n’en parlez à personne, L’Harmattan 1966, où elle dénonce un psychanalyste comme tortionnaire pendant la dictature militaire au Brésil.

[2] Et je suis gentil en ne parlant que d’un train. Le Vatican n’a réhabilité (partiellement et du bout des lèvres) Galilée que très récemment ! Mais il est vrai qu’il vaut mieux tard que jamais. Car, par comparaison, on attend toujours une « repentance » du pays qui, avec l’affaire Lyssenko, a affamé, des années durant, des millions de citoyens…

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Published by Esteve Freixa i Baqué - dans Actualité
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commentaires

benabdelhak 26/08/2011 18:36



Vraiment confu ! que d'actes manqués ! voila le lien qui illustre mes propos, comme cet article : http://www.youtube.com/watch?v=xA7nErVUwI0&feature=share  vraiment désolé pour cette pollution visuelle...



Esteve Freixa i Baqué 31/08/2011 15:37



Merci beaucoup. Je le connaissais mais grâce à vous les lecteurs de ce blog y aurront accès. Je recommande vivement le visionnage de cette conférence.  Vous n'avez donc pas à être
confus ...



benabdelhak 26/08/2011 00:45



d'UNE idole, veuillez m'excuser pour cette faute...



benabdelhak 26/08/2011 00:40



une jolie conference d' 1h30 de monsieur Michel Onfray à propos de "le crepuscule d'un idole"...



cdc 30/07/2011 19:32



Les méthodes de Jacques-Alain Miller ont effectivement été longuement décrites dans un des derniers bulletins de l'AFIS - elles sont détestables, je vous l'accorde. Mais ce n'est pas Freud...
pour lequel je garde toujours de l'affection...



Esteve Freixa i Baqué 02/08/2011 23:37



Je suppose que vous avez vos raisons pour cela. Moi je n'en ai pas la moindre...



cdc 27/07/2011 18:18



Il y a eu plein de gens qui ont fait prospérer leur gagne-pain sous le régime nazi, chanteurs, médecins, acteurs, écrivains, physiciens... Je trouve Onfray "méchant" dans le plein sens du terme
envers Freud, et recourant à des attaques ad hominem ; van Rillaer, lui, a de l'humour et connaît son sujet de première main. Quant au film de Moretti, je me réjouis de le voir, espérant
beaucoup de ce match nul entre deux superstitions...



Esteve Freixa i Baqué 30/07/2011 15:30



Tout à fait d'accord avec vous concernant van Rillaer. Mais pas d'accord à propos d'Onfray. Certes, comme vous le dites, plein de monde a fait prospérer son gagne-pain sous le régime nazi (tout
comme sous Vichy, sous Mussolini ou sous Franco, d'ailleurs); mais eux, au moins, n'ont pas eu le culot de se faire passer pour des victimes de ces dictateurs; eux, au moins, ne prétendent pas
être un rempart contre les fascismes; eux, au moins, n'accusent pas leurs contradicteurs de collabos; eux, au moins, ne prétendent pas détenir le monopole de la vertu et la morale politiques.
Compte tenu de cela, je trouve légitimes les "attaques" (comme vous dites) d'Onfray.


J'aurais été d'accord avec vous si les psychanalystes ne s'étaient pas livrés à ce renversement de rôles et n'avaient pas érigé l'antifascisme en étendard, en élément consubstantiel de leur
doctrine. Je n'invente pas. En voici un exemple paradigmatique:


Les penchants criminels des Etats-Unis, il n'est que de regarder du côté d'Abou-Graïb pour les voir en pleine lumière. Il
faut savoir que les tortures, non moins psychiques que physiques, qui ont révulsé la planète, sont l'application de méthodes qui portent un nom : ce sont exactement des méthodes
comportementalistes. (…) Le génial inventeur du comportementalisme, B. F. Skinner, disait, et cela fut imprimé en septembre 1971 sur la
couverture de Time magazine : « We can’t afford freedom », nous ne pouvons pas nous payer le luxe de la liberté. Dans cette optique, il avait écrit en 1948 une utopie infâme, Walden Two — oh !
Thomas More — jamais traduite en français, et pour cause. Dans leur inconscience — car la canaillerie n’exclut pas la bêtise, comme Lacan l’avait malicieusement remarqué — les adeptes français du
comportementalisme ont fait traduire ce livre, et devait le fêter samedi dernier à l’Espace Cardin. L’ouvrage est annoncé en librairie pour jeudi prochain, aux éditions In Press. Achetons-le.
Nous aurons l’occasion d’en parler lors du prochain Forum, ici même, le 9 avril.    


            Ma conclusion vient maintenant: Vichy, c’est tous les jours.


Jacques-Alain Miller - Agence lacanienne de presse le 19 mars
2005


 


Ou encore:


J’ai lancé sur France-Culture, jeudi dernier, le « Réseau international des Amis des libertés », qui trouvera des relais à travers toute l’Europe et l’Amérique
Latine, et réunira demain des Américains, des Britanniques, des Australiens, qui sont payés pour savoir ce qu’il en est du totalitarisme des TCC. (…) L’idéologie comportementalo-évaluationniste
n’est pas de gauche ; elle n’est pas de droite ; elle est celle d’ennemis du genre humain, qui s’ignorent comme tels, bien entendu, car ce sont aussi d’excellentes personnes. La notion de la
science qu’ils véhiculent est une caricature ; leurs recherches quantifiées sont imbéciles ; leurs thèses sont utopiques ; leur utopie est infâme. Qu’on lise donc Walden 2, de Skinner, qu’ils ont
poussé l’inconscience jusqu’à faire publier.


(…) Mon père, décédé au mois d’août, était un légitimiste socialiste, qui a successivement aimé Blum, Guy Mollet, Alain Savary,
François Mitterrand, Lionel Jospin, et il ne vous [François Hollande, 1er secrétaire du PS] trouvait que des qualités.  (…)
Il aurait sans doute désapprouvé ce que je vais vous dire maintenant. Je n’ai jamais imaginé de voter à droite. (…) Mais je le ferai si le PS devait laisser les adeptes de l’évaluation-TCC, (…)
toute cette bande de naufrageurs, de quantificateurs à-tout-va, et d’experts marionnettistes rescapés de la défunte Fondation Saint-Simon, dominer sa pensée et son action.


Communiqué de Jacques-Alain Miller, 21 Mars 2005


Sans commentaires...


 


 



Marcus Miller 06/06/2011 14:08



Intéressant. Pas besoin de perdre son temps et son argent à aller voir ce film, donc.


Cela n'a rien à voir avec la choucroute: je me suis toujours demandé quelle était votre position par rapport à l'écologie comportementale? J'imagine que cela fait partie de vos domaines
d'expertise, mais sinon?


Merci.



Esteve Freixa i Baqué 06/06/2011 18:44



Non, non, je n'ai pas du tout dit qu'il ne faut pas aller voir ce film. Personnellement, je pense le voir.


Détrompez-vous, je connais la question assez grossièrement bien que je pense que c'est une branche trfès imortante du comportementalisme. Mais le grand spécialiste de l'écologie comportementale
c'est mon collègue Michel Sokolowski, qui a fait d'excellentes recherces et de nombeuses publications sur la question.